Le bien-être au lycée

Le bien(mal)-être au lycée. Étude menée sur le territoire breton

Responsable : Agnès Leprince

Descriptif :

Le bien(mal)-être à l’école étant corrélé aux résultats scolaires (Bradshaw J. et Keung A., 2011)[1], nombre de systèmes éducatifs ont placé la question du climat scolaire au cœur de leurs préoccupations. Certains, notamment ceux des pays scandinaves, ont même fait du bien-être des élèves un axe majeur des politiques éducatives d’établissement.

L’étude HBSC (Health Behaviour in School-aged Children) est menée tous les 4 ans depuis 1982 sous l’égide de l’organisation Mondiale de la santé. Celle de 2010 concerne 39 pays[2] dont la France. Elle permet de poser les constats suivants (Godeau, Navarro et Arnaud, 2012)[3]

  • Les collégiens français aiment l’école (68,5% aiment l’école dont 26,2% beaucoup), mais cet amour décroît très fortement avec l’âge (plus de 20 points d’écart entre la 6e et la 3e).
  • Les plaintes somatiques ou anxio-dépressives sont plus fréquentes chez les élèves français que dans la plupart des autres pays. Selon l’enquête, les élèves interrogés ressentent au minimum une fois par semaine des difficultés d’endormissement pour 31,5 % d’entre eux, de l’irritabilité pour 22,5 %, de la nervosité pour 21 % et de déprime pour 15 %.
  • Par ailleurs, les élèves français jugent plus négativement leurs résultats scolaires que leurs homologues des autres pays : la France se situe à la 38ème place (sur 39) sur ce sujet pour les élèves de 15 ans.

Les résultats de l’enquête PISA 2012 (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) donnent des indications complémentaires à l’enquête HBSC. PISA évalue dans 65 pays les compétences des élèves de 15 ans. Elle donne aussi des indications sur le vécu scolaire de ces adolescents.

  • La France est ainsi mal classée par PISA pour la qualité des relations enseignants-élèves : 70% des élèves français se sentent traités avec justice pour 80 % en moyenne dans l’OCDE.
  • La France est également un des pays où les élèves ressentent un mauvais climat de classe (bruit, agitation, absence d’écoute des enseignants).
  • Enfin, la France se trouve parmi les 6 pays de l’OCDE où les élèves sont les plus anxieux vis-à-vis des mathématiques (domaine de compétences plus particulièrement étudié en 2012), avec notamment une très grande anxiété des filles.

À la suite de ces travaux, notre équipe propose d’étudier plus particulièrement le bien-être des élèves bretons, en se centrant sur le public lycéen. Les principaux éléments constitutifs de ce bien(mal)-être seront interrogés : les aspects relationnels (relations entre pairs, relations aux enseignants et autres personnels, rôle des parents), le rapport à la scolarité, l’environnement éducatif global.

Une recherche exploratoire a déjà été menée en 2014-2015 avec les élèves élus au CAVL de l’académie de Rennes. À leur demande, un groupe de travail animé par Agnès Leprince s’est constitué pour échanger sur la question du mal-être des lycéens et élaborer un outil pour enquêter dans les lycées des élèves élus impliqués dans le projet. Ce travail est toujours en cours. La difficulté à aller rencontrer les membres du projet dans leurs lycées (situés essentiellement dans le Finistère et le Morbihan) a jusqu’ici été un frein à l’avancée des travaux.


[1]     Bradshaw J. et Keung A. (2011), “Trends in child subjective well being in the UK”, Journal of Children’s Services.

[2]     Allemagne, Angleterre, Arménie, Autriche, Belgique (flamande et francophone), Canada, Croatie, Danemark, Écosse, Espagne, Estonie, États-Unis d’Amérique, ex-République yougoslave de Macédoine, Finlande, Grèce, Groenland, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, pays de Galles, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Russie, Slovénie, Slovaquie, Suède, Suisse, Turquie et Ukraine.

[3]      Cf. Godeau E., Navarro F., Arnaud C. dir. La santé des collégiens en France / 2010. Données françaises de l’enquête internationale Health Behaviour in School-aged Children (HBSC). Saint-Denis: Inpes, coll. Études santé, 2012 : 254 p.

Problématique, hypothèses, démarches :

Si l’expérience subjective par les élèves de leur scolarité a été l’objet de nombreux travaux de recherche cette dernière décennie, la plupart mettent l’accent sur les questions des violences entre pairs et sur l’arbitraire de l’organisation et des jugements scolaires (Merle, 2005 ; Blaya, 2006 ; Grimault-Leprince et Merle, 2008 ; Duru-Bellat et Meuret, 2009).

Or il apparaît, au vu du travail exploratoire mené avec les élus du CAVL, que si ces problématiques sont en effet au fondement du mal-être de certains élèves, et notamment ceux les plus en difficulté sociale et scolaire, elles sont insuffisantes pour expliquer le malaise de nombre de lycéens. Pour beaucoup, ce qui mine le quotidien scolaire relève d’abord de difficultés à se situer dans des groupes d’adolescents en constante recomposition et à se projeter dans un avenir anxiogène, même pour des élèves en situation de réussite scolaire.

Notre travail se propose donc d’investiguer ce qui fonde le sentiment de bien(mal)-être des lycéens en s’attachant notamment à mettre au jour les micro-évènements, les petites frustrations, etc. qui par leur cumul plutôt qu’en raison de leur gravité peuvent dégrader la vie scolaire des adolescents. Le rapport des lycéens à leur parcours de formation et à leur avenir professionnel sera également interrogé, en mettant en évidence les tensions et les contradictions entre attentes (voire pressions) familiales, scolaires et sociales et aspirations des adolescents.

Le choix de la population lycéenne est tout d’abord lié à l’abondance des données concernant le public collégien, quand elles sont beaucoup plus rares et disparates concernant les élèves plus âgés. Par ailleurs, les enquêtes internationales montrent que les indicateurs de bien-être étudiés se dégradent fortement entre 11 et 15 ans. Il nous apparait donc pertinent de cibler pour notre étude les élèves de plus de 15 ans.

Une enquête quantitative auprès d’élèves dans un échantillon d’établissements sera la base de l’enquête. Elle sera complétée par des entretiens avec des élèves, afin de permettre une analyse éclairée des résultats statistiques.

Nous projetons d’effectuer notre enquête par questionnaire en ligne, ce qui nous permettrait d’interroger un plus grand nombre d’élèves. Un échantillon d’environ 1000 élèves sur 5 établissements est envisagé.

Le logiciel Limesurvey sera utilisé pour la passation afin de ne pas engager de frais. Les analyses se feront ensuite sur Sphinx pour les analyses statiques uni- et bivariées et sur SPSS pour des analyses plus approfondies.

L’échantillon d’élèves interrogés par questionnaire n’a pas vocation à être représentatif des élèves des établissements secondaires bretons. Néanmoins, nous veillerons à une représentation suffisante des principales catégories d’élèves (lycéens de LEGT et de lycée professionnel, filles et garçons, des différents âges, des différentes séries ou filières, des différents milieux sociaux, etc.).

L’étude qualitative se fera à partir d’entretiens semi-directifs et de focus groupes.

Les entretiens semi-directifs seront menés auprès d’une vingtaine d’élèves, avec la plus grande variété socio-scolaire possible pour l’échantillon. Ces entretiens seront partiellement retranscrits pour l’analyse.

Deux focus groupes sont envisagés. Ils seront menés en deux temps : d’abord filles et garçons séparément, puis filles et garçons ensemble. Le logiciel Transana sera utilisé pour la retranscription et l’analyse.

Composition :

Nom Prénom Statut Résidence administrative
Leprince Agnès MCU ESPE de Bretagne, Rennes
Allaire Gwenaël Chef d’établissement Lycée Maupertuis, Saint-Malo
Le Trividic Lila Doctorante EHESP
Nedelec Rozenn CPE (formatrice à mi-temps à l’ESPE) Collège Racine, Saint-Brieuc
Goacolou Sandrine CPE Lycée Zola, Rennes

Diffusion et valorisation :

L’année 2015-2016 sera essentiellement consacrée à l’élaboration de l’enquête et au recueil des données. Il sera donc trop tôt pour permettre une valorisation de cette recherche.

Néanmoins, le travail avec les élèves du CAVL sera poursuivi, avec de premières retombées de cette recherche dans les établissements des élus impliqués. La recherche sera en effet support à la réflexion des établissements sur le climat scolaire.

À partir de l’année suivante, nous envisageons :

  • Une proposition d’intervention pour les jeudis de l’ESPE.
  • Une proposition de formation continue auprès du rectorat sur la question du bien-être des élèves (ressource pour des FIL notamment)
  • Des valorisations scientifiques (participation à un ou plusieurs colloques, écriture d’articles)
  • Des propositions d’encadrement de TER et de mémoire de master sur la question du bien-être des élèves dans le master RED.

Principales références bibliographiques en lien avec le projet :

Blaya C. (2006). Violences et maltraitances en milieu scolaire. Armand Colin.

Bradshaw J., Keung A., Rees G. and Goswami H. (2011). Children’s subjective well-being: international comparative perspectives, Children and Youth Services Review, 33, 4, 548-556.

Chapelle G., Meuret D. (2006). Améliorer l’école. PUF.

Choquet M., Hassler C. et Morin D. (2005). « Violences des collégiens et des lycéens : constats et évolutions », rapport de recherche INSERM U472.

Duru-Bellat M. et Meuret D. (2009). Les sentiments de justice à et sur l’école, De Boeck Université « Pédagogies en développement ».

Grimault-Leprince A., Merle P. (2008). « Les sanctions au collège. Les déterminants sociaux de la sanction et leur interprétation », Revue française de sociologie, 49-2, pp. 247-283.

Merle P. (2005). L’élève humilié. L’école : un espace de non-droit ?, Paris, PUF.

Pain J. (2006). L’école et ses violences. Paris, Économisa.

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